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Formation à distance : quels sont les nouveaux outils d’apprentissage ?


E-learning, MOOCs, gamification… Les nouveaux outils numériques d’enseignement favorisent la formation à distance. Comment utiliser ces dispositifs de manière efficace ? Quelles sont les avantages ? Les risques ?

Karl-William Sherlaw, expert en e-learning chez Nextformation, répond à nos questions.

En quoi consiste votre poste de Chargé de projets e-learning ?

Karl : Chez Nextformation, je suis Chargé de projets e-learning et je suis donc en charge d’accompagner l’articulation et la mise en œuvre de ces nouvelles modalités pédagogiques.

Dans ce cadre, je m’occupe notamment de la mise en place progressive du LMS, Learning Management System. Cette plateforme d’apprentissage est un espace virtuel dédié aux apprenants. Ils vont pouvoir y retrouver des activités pédagogiques, des supports de cours, l’organisation du tutorat (synchrone ou asynchrone), l’organisation et le dépôt de projets mais aussi des forums de discussion dans une dynamique Social Learning. C’est donc une plateforme aux fonctionnalités complètes et qui doit faciliter l’assimilation des connaissances et l’organisation de l’apprentissage des apprenants.

Est-ce que la formation à distance est bien intégrée du côté des enseignants et des apprenants ?

Karl : La formation à distance nouvelle génération (MOOC, LMS) n’est plus à ses débuts. C’est quelque chose de déjà très intégré pour beaucoup d’acteurs.  

Si l’on reprend le Gartner Hype Cycle, schéma qui rend compte des différentes phases de l’adoption d’une nouvelle technologie dans le temps, je dirais que le digital learning se trouve actuellement au niveau du « Plateau de productivité ». On a donc dépassé le pic d’attente qui amenait le Président de l’Université Stanford à prophétiser la disparition progressive des salles de classe. Aujourd’hui on s’accorde pour dire que la formation à distance ne va pas révolutionner l’éducation. D’ailleurs, en matière de pédagogie on invente pas beaucoup. Par exemple, on se réoriente actuellement vers des méthodes pédagogiques collaboratives déjà éprouvées par les Grecs de l’antiquité qui font la part belle à l’échange et à la discussion. Néanmoins, l’outil facilite et rend possible des méthodes, des usages. Les possibilités offertes par le numérique et le web encouragent une organisation en mode projet à la fois dans la formation et dans le monde de l’entreprise.

Donc la formation distancielle ne prendra pas le pas sur la formation présentielle ?

Karl : Il ne faut pas voir ces deux modalités du point de vue de la concurrence mais bien du point de vue de la complémentarité. Par exemple, pour un cours donné, on peut proposer de consulter les supports de cours depuis chez soi, de cette manière on travaille à son rythme, on peut choisir de regarder plusieurs fois ce passage de la vidéo explicative, d’aller vérifier la signification de tel terme dans le support écrit, etc. Le temps en présentiel pourra dès lors être exploité à plein en étant réservé à l’échange avec le formateur afin de lever toute incompréhension du groupe vis-à-vis des contenus du cours. Dans ce dispositif, qu’on peut assimiler à de la classe inversée, on donne la possibilité à l’apprenant d’être davantage acteur de son apprentissage. On peut dès lors distinguer deux postures pédagogiques complémentaires : celle, verticale, où le formateur est un sachant qui doit transmettre ses connaissances et celle, horizontale, où le formateur a davantage un rôle d’accompagnant dans l’assimilation des connaissances par exemple en encadrant des ateliers de mise en pratique, en animant une discussion, en répondant aux éventuelles interrogations, etc.

La hype autour des MOOC (notamment) avait conduit à inquiéter les formateurs en annonçant l’uniformisation des modalités pédagogiques au profit du distanciel total. On se rend compte, au contraire, que le temps d’échange yeux dans les yeux avec le formateur est indispensable pour incarner les contenus pédagogiques et être un lien entre l’apprenant et les savoirs à assimiler. Le formateur offre donc une plus-value pédagogique que le distanciel a in fine contribué à mettre en lumière.

Quelle est la particularité de la gamification ?

Karl : Avec la gamification, on est dans une dynamique d’engagement : la mécanique du jeu engage l’apprenant dans un scénario, un parcours pédagogique où il aura des défis à relever qui donnent lieu à des récompenses (au moins symboliques) comme des badges. La gamification va permettre d’apprendre par essai/erreur sans se trouver sous la menace de l’évaluation bonne ou mauvaise. Ces mécaniques de jeux sérieux ne s’appliquent pas uniquement au champ du virtuel mais au présentiel également. On pense alors aux jeux de rôle, à l’utilisation de cartes à jouer pour comprendre tel concept, etc.

Quelle sont les spécificités du tutorat à distance ?

Karl : Le tutorat à distance dispense les apprenants de se rendre en salle de cours tout en permettant un échange avec le formateur pour un accompagnement personnalisé, sur-mesure. Dans les faits, cet accompagnement est rendu beaucoup plus difficile en salle de cours car il impliquerait que le formateur prenne chaque apprenant en tête-à-tête l’un à la suite de l’autre, ce qui serait extrêmement chronophage. Voilà une belle démonstration de l’utilisation d’une modalité plutôt qu’une autre sur des critères de praticité et d’efficacité !

La classe virtuelle autorise le rassemblement d’un groupe d’apprenants dans un espace virtuel administré par le formateur. Certains outils donnent même la possibilité aux élèves de travailler en sous-groupes dans des sous-espaces virtuels. A l’issue de ce temps de travail, tous les apprenants peuvent ensuite revenir dans l’espace virtuel de départ pour la mise en commun.

Et celles du Social Learning ?

Karl : Le social learning englobe tout ce qui est de l’ordre de la collaboration, de l’entraide au sein d’un groupe. L’idée est de faire émerger de l’intelligence collective. On met ainsi à disposition sur le LMS un espace de discussion où les apprenants peuvent poser leurs questions au formateur mais aussi aux autres apprenants. On a tous fait cette expérience où l’on ne parvenait pas à saisir telle notion du cours et un autre élève a su nous expliquer la chose de manière à ce que nous la comprenions, par exemple en ayant recours à un langage plus proche du notre, en utilisant une image qui correspond à notre univers culturel, etc. C’est ce modèle d’apprentissage qui est soutenu dans les MOOC où un forum accompagne les différents support et activités pédagogiques. Le social learning c’est apprendre avec et grâce aux autres. On a le sentiment d’appartenir à un groupe, ce qui d’ailleurs est un puissant facteur d’engagement. Dans le cas du présentiel, le social learning prendra la forme d’ateliers, de travaux en groupes, de débats, etc.

Le quiz est-il un moyen d’évaluation efficace ?

Karl : Le quiz est parfois décrié comme une évaluation au rabais. On l’accuse d’être trop simple, de ne pas demander de réflexion, etc. Cela ne me semble pas entièrement justifié. Mais attention, il y a de mauvais quiz qui méritent un tel procès ! Le quiz, quand il est de bonne qualité, permet de tester la bonne compréhension d’un concept, de s’assurer de la réelle assimilation de connaissances, il peut aussi être l’occasion de pousser une réflexion en proposant une application d’un savoir sur un cas concret et toute autre mise à l’épreuve d’une connaissance. Comme il s’agit d’une évaluation automatisée, il offre l’avantage d’être réalisable à l’envi et assignable à une masse d’apprenants. C’est intéressant pour apprendre, car il donne l’occasion de s’entraîner en répétant un exercice avec un retour direct (son score). Le quiz permet aussi de constater que l’on progresse dans la maîtrise de nouvelles connaissances, ce qui procure de la satisfaction et encourage à poursuivre !

On sait aussi, avec ce que l’on appelle le testing effect, que l’évaluation doit faire partie de la formation : en réalisant un quiz sur un sujet que tu as appris, tu vas renforcer l’ancrage de ces connaissances dans ta mémoire à long terme. C’est là que le quiz est un outil indispensable pour l’efficacité pédagogique !

Et le Blended Learning ? 

Karl :  L’objectif est de choisir la meilleure modalité pédagogique selon les contenus à enseigner avec comme idée directrice d’exploiter à plein les avantages du présentiel comme du distanciel : c’est ce qu’on appelle le Blended Learning.

Quand on fait uniquement du distanciel, on perd certains des grands avantages du présentiel : les échanges en face à face, l’incarnation du cours par un formateur, etc. On connait tous un formateur qui est passionné et passionnant et qui nous a transmis sa passion pour sa matière, peu importe notre intérêt au départ ! Ceux qui ont essayé le distanciel total se sont rapidement rendu compte qu’il fallait continuer d’apporter du présentiel pour maintenir l’intérêt de l’apprenant et pour éviter son isolement.

En sens inverse, en ne faisant que du présentiel, on n’utilise pas toujours le temps de formation de manière optimale. Peut-être que pour tel ou tel exercice la présence du formateur n’était pas indispensable ? Peut-être que les apprenants auraient mieux compris telle notion en la travaillant chez eux, à leur rythme, en amont ?

En résumé, la force du Blended Learning est d’apporter de la diversification dans les modalités pédagogiques, ce qui contribue de stimuler l’apprenant, en faisant correspondre tel apprentissage avec telle modalité en vertu de la meilleure efficacité pédagogique. En un mot, prendre le meilleur de chaque dispositif pour la meilleure expérience d’apprentissage.

Quels sont les avantages et les inconvénients de la formation à distance ?

Karl : L’avantage principal est l’autonomie, la responsabilisation, la liberté donnée à l’apprenant. Le risque est l’isolement et la démotivation. C’est en cela que la dimension social learning et le tutorat sont indispensables. L’accompagnement du formateur et le sentiment d’appartenance au groupe sont des facteurs essentiels pour maintenir l’engagement dans un parcours de formation.

Faire appel à l’intelligence collective est d’autant plus indiqué dans le contexte de la reconversion professionnelle où les apprenants peuvent avoir des bagages techniques et professionnels très différents et donc l’un ou l’une peut faire profiter le groupe de sa bonne compréhension d’un sujet donné.

Un autre aspect que l’on pourrait ranger du côté des inconvénients est le fait pour l’apprenant de devoir s’adapter aux outils du distanciel. Cela peut demander un peu de temps avant d’être parfaitement à l’aise. On pourrait prévoir une période d’apprentissage de l’outil en groupe et en présentiel, encadré par un formateur. Cela apporterait à terme aux apprenants une meilleure maîtrise des outils numériques, ce qu’ils pourront valoriser et mettre à profit au sein de leur future entreprise. L’inconvénient se transforme en avantage !

Quel avenir pour le digital dans la formation ?

Karl : Si la question est de savoir si cela va s’essouffler ma conviction est que non, cela va même s’amplifier. Prenez l’immersif et la réalité virtuelle : grâce à ses technologie en développement, on va pouvoir proposer des exercices pratiques dans les conditions du réel. Aujourd’hui, cela intéresse plutôt les métiers impliquant des risques comme les pompiers qui peuvent s’entraîner à la maîtrise d’un incendie sans danger. Mais demain, on peut imaginer qu’un technicien réseau pourrait s’essayer au câblage, qu’un technicien en assistance informatique pourrait tester la réparation d’un poste de travail, etc. Sans doute pourrait-on aussi imaginer des situations qui font appel à des compétences moins techniques ! C’est une vraie évolution dans l’enseignement : on va pouvoir avancer par essai/erreur en répétant une situation similaire au réel, et faire varier cette situation pour apprendre à s’adapter en en modifiant certains paramètres, à la manière d’un jeu vidéo.

Le digital va permettre d’augmenter et de diversifier l’expérience d’apprentissage pour apprendre plus efficacement et plus collaborativement et en définitive être mieux préparé aux exigences du monde professionnel.

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